« Du fermier au charcutier… »
Mémoire recueillie à Lens
«J’ai commencé par le métier de fermier à l’âge de 12 ans, après l’obtention de mon certificat d’étude, avec mon père qui avait une ferme à Fouquières les Lens rue du cornet. J’ai dû commencer car mon père avait besoin d’un coup de main car ma mère ne lui était pas d’un grand secours à la ferme. On avait une pâture avec 3 vaches. On arrosait le gazon à une casserole avec l’eau récupérée dans les tonneaux. Je n’ai jamais su traire les vaches, pourtant j’ai voulu apprendre mais ce n’était pas trop mon truc. C’est ma grand mère qui a commencé à travailler à 7 ans qui le faisait. On désherbait tout a la main, il n’y avait pas de machines, aucun désherbant. On plantait des pommes de terre à la main, des betteraves qu’on devait aussi démarier. A l’époque de la moisson, on allait dans le champ couper le blé avec un cheval et ensuite on devait faire des bottes de paille à la main. Je me souviens que lors ce que j’ai eu mon certificat d’étude, j’ai eu droit à un voyage à la mer de Dunkerque car j’étais un bon élève.
Quelques années plus tard mon père a perdu ses 3 vaches et a fait faillite. On a du vendre la ferme et grâce à l’argent, ma mère a acheté une boucherie charcuterie à Fouquières-lez-Lens. C’est une voisine qui lui a appris le métier. Elle lui a appris à découper la viande à désosser, à faire la charcuterie… .
Entre temps j’ai connu un copain qui travaillait à l’usine, j’ai voulu y aller aussi mais ma mère n’a pas voulu donc je suis resté à travailler avec ma mère à la boucherie. Elle m’envoyait faire les marchés, je découpais la viande, je faisais la salade de museau, je salais les jambons et tout autre travail que pouvait faire un boucher. Par la suite à cause de l’humidité, on a du fermer. Grâce aux mines qui ont racheté la boucherie, on a pu prendre une autre boucherie à Méricourt sous Lens.
Par la suite je me suis marié avec une veuve, elle tenait le commerce et moi j’étais toujours sur les marchés. De temps en temps j’allais avec ma belle sœur faire le marché de Oignies. Mais ensuite elle a trouvé un marchand de bonbons qui donnait des congés payés, qui l’a embauché. On avait 3 commis (Alexandre, Clodi et Michel) Michel que nous avions dû renvoyer car il avait l’air d’un «défroqué».
Dans mon métier il y a des choses que j’aimais et d’autre que je n’aimais pas. J’aimais découper la viande et la désosser, par contre je n’aimais pas faire la salade de museaux et saler les jambons.
Quelques années plus tard on a du fermer le commerce car les services de normes d’hygiènes nous imposaient de faire plein de gros travaux (carreler tout les murs, changer les frigos…) nous avons bien fait une demande de prêt, mais on nous a répondu «on ne prête qu’aux riches».
Je travaillais de 6 heures du matin à minuit à peu près et ça tous les jours sauf le dimanche!! Comme au bout d’un moment je n’avais plus de commis je le faisais tout seul donc j’avais encore plus de travail. L’ambiance était monotone surtout quand les commis sont partis car ils étaient polonais et mettaient un peu d’ambiance.
Ma femme a envoyé des commis sur les roses, elle a même dit a un autre patron que notre commis Alexandre n’était pas très travailleur.
J’ai eu des congés quand mon frère s’est marié. On allait aussi une journée, de temps en temps, à Stella Plage avec mon frère et on dormait dans la camionnette. Après son mariage, je n’ai pas pu reprendre de congés car ma femme ce n’était pas trop son truc.
Après la fermeture de la boucherie, j’ai travaillé en intérim en temps que boucher chez «Serbert». J’ai arrêté de travailler en 1966 car ma femme est tombée malade donc je me suis occupé d’elle et j’ai tout fait à la maison: le ménage, les repas… .J’avais une aide à domicile mais elle ne m’était pas d’un grand secours.
Si j’avais eu le choix j’aurais aimé travailler en usine pour un patron.»

