Dépassée par la nouvelle technologie
Je m’appelle Germaine Biseau épouse Colin, Colin Louis. Je vais avoir, le 28 mai, 96ans. Je suis née au Maroc. Mon père est venu en 1912 à Casablanca, il s’y est marié à avec ma mère qui est venue 2 mois après et moi je suis née à Casablanca. Vous voulez parler de la technologie, il n’y aura pas d’internet, il n’y aura pas de machine, rien, rien. Rien de tout ça. Parce que je n’aime pas. Je trouve que c’est… parce qu’il y a des choses que j’ai entendu qui ne m’ont pas plus, voila pourquoi les machines, l’internet, les machins comme ça, les nouveautés, tout ce qu’il y a maintenant qui sortent, je n’aime pas ça. Et oui, je suis dépassée, je suis toujours de l’ancien temps. Autrement, on n’avait pas la télévision, on avait le poste, le petit poste mais on n’avait pas la télévision. On avait des nouvelles mais alors je vous dis ça fait une drôle de différence avec la vie que j’ai eu au Maroc. Ca m’a changé, question de faire ce que j’avais l’habitude de faire. La machine qui a le plus changé ma vie, écoutez, c’est tout ces appareils électriques maintenant qui sont sortis. Parce que j’en ai pas l’habitude, et puis je trouve ces appareils y a quelque chose qui ne devrait pas exister c’est tout. Ca me mets hors de moi. Ben, vous avez cet, ces appareils là que, qui sont sortis, les ordinateurs, les machins. On est venu habiter ici en 61, 1er mai 61 et je n’ai pas eu la télé tout de suite. J’ai eu la télé que 2 ou 3 ans âpres que m’ont mari m’a acheté. La télé, j'aime bien, eh ben oui et non, parce que je trouve que les speakeurs, moi j’appelle ça des speakeurs, ils ne sont pas corrects, y a des fois, ils ne sont pas corrects, et j’ai vu que les enfants entendent ça, y a quelque chose qui me dépasse. Et après, tout ce qui est l’eau courante et tout ça, au Maroc, c'est-à-dire que on a eu l’eau courante que quand on a habité en ville alors là oui, mais autrement quand on était au bled, on appelle ça le bled la campagne, on n’avait pas l’eau, fallait aller chercher l’eau, on partait. Il y avait un arabe quoi, qui travaillait à la ferme, qui avait un bourriquot, un âne avec une espèce de machin de chaque coté, il avait des peaux, des peaux de bêtes, qui avait été nettoyées et tout, qui remplissait tout ça, il venait à la maison et on avait de grandes jarres, alors on mixait tout ça là dedans et on se servait de cette eau là. Et pas de machines à laver, d’abord on savait pas ce que c’était, la machine à laver. C’était les mains et moi quand j’étais jeune fille, que j’étais à la maison c’est moi qui lavais dans le, dans un baquet, c’est moi qui montais à la terrasse, quand j’étais chez mes parents et on avait deux baquets, deux bacs, un pour le petit linge blanc, un pour les, pour les draps. Alors il fallait que je lave ça à la main, tout frotter, tout à la main, au savon, on avait une grande lessiveuse, qu’on mettait à bouillir le linge, et une fois qu’elle était bouillie, on sortait ça et on le passait ce linge un petit peu à l’eau de javel et on rinçait beaucoup, on les étendait et voilà. Et c’était comme ça qu’on, qu’on lavait, on n’avait pas de machine à laver on savait pas ce que c’était une machine à laver ni une cuisinière chez mes parents, on avait, si, une cuisinière à bout de charbon. Voilà et encore ça c’est quand on est allé en ville qu’on avait une cuisinière, ben, quand on était en campagne on avait des fourneaux, des fourneaux exprès, des petits fourneaux, et alors on faisait sa cuisine avec du charbon de bois, ha. Ha ça c’est toute une histoire, l’histoire du Maroc et l’histoire d’ici, ça fait deux, j’élevais mes enfants et c’est tout. Ben, ce qui a le plus changé en fait heu, on n’avait pas grand-chose, la banque on l'a ici bien sur, mais il faut avoir la fortune, il faut avoir de quoi se payer un lave linge, j’ai un lave linge parce que c’est mon fils qui me l'a payé, j’ai eu la cuisinière parce que c’est mon fils qui me l'a emmené de Bourges autrement, le frigo c’est pareil, c’est lui qui me l'a emmené. On n’avait pas tout ça au Maroc. Et l’électricité? En campagne non, on ne l'a pas connu tout de suite, même en ville au début en ville on n’avait pas d’électricité, on avait la lampe à pétrole, que d’ailleurs j’en avais pris ici en haut, que d’ailleurs, que maman m'a donné parce qu’elle m’a dit « Tiens, si jamais tu vas en campagne et puis qui y'a pas de lumière ou que s’est en panne, je te la donne, tiens tu pourras t’en servir ». Mais autrement, on savait pas ce que c’était l’électricité, après en ville quand on habitait la ville y avait l’électricité ouais. Est-ce que ça a changé ma vie? Appuyer sur un bouton, c’était plus vite fait que d’allumer les lampes à pétrole, prendre des allumettes, allumer la mèche, ah ouais et puis c’était beaucoup plus propre d’abord et puis pas d’odeur, tandis qu’avec la lampe à pétrole, y avait toujours là, les odeurs.

