De l’école au restaurant, en passant par l’accordéon…

Un témoignage de Jeanne V,
né(e) le 16 mars 1922
Mémoire recueillie à

L’école.
Jeanne et sa famille (6 frères, 2 soeurs) ne pouvaient aller à l’école que 4 mois par an. Durant l’hiver, le reste du temps elle était obligée d’aider son père à la ferme. Elle a obtenu son certificat d’étude avec un prix en récompense de son travail. Son professeur en particulier, croyait beaucoup en elle et la laissait régulièrement avec une pile de livres à étudier afin de préparer l’examen des bourses. Durant sa préparation à l’examen, son père a refusé qu’elle le passe, considérant qu’elle était plus utile à la ferme. N’ayant pas le choix elle abandonna, elle avait 13 ans, c’était le 7 février et elle s’en souvient encore. A 13 ans elle perdit son père. Il était très autoritaire elle n’a pu commencer les cours d’accordéon qu’après son décès.
L’accordéon.
Les leçons de solfège se déroulaient à Saint Sauves. Pour survivre, elle organisait des bals à la Bourboule durant la guerre. Garder le rythme et mettre suffisamment d’ambiance n’étaient pas évident pour elle mais elle s’en contentait car grâce à ça elle gagnait sa vie. C’est à l’un de ces bals, que Raymond Mathieu, accordéoniste de 8 ans à l’époque et qui deviendra reconnu dans le nord la rencontra, il en serra tellement marqué qu’il la recherchera 60ans plus tard et retrouva sa trace grâce à la maire de Saint-Sauves. L’accordéon tient toujours une place privilégiée dans la vie de Jeanne, elle s’est d’ailleurs offert un nouvel accordéon il y a quelques années. Pour elle la musique est très importante, même si elle considère que celle-ci a connu une vraie révolution à partir des années 50 : « les paroles et les musiques étaient vraiment de qualité ».
Le restaurant
Jeanne et son amie Julie rêvaient de s’offrir un commerce, elles travaillèrent dur afin d’économiser assez. Finalement la gérante du petit restaurant où elles avaient l’habitude d’aller pris sa retraite et leur vendit son restaurant. « Le petit restaurant », était situé rue Désiré Claude à Saint-Etienne et offrait des plats familiaux pour pas cher. Tous les jours il y avait entrée, plat, fromage pour l’équivalent de neuf euros aujourd’hui. Jeanne avait moins d’expérience que son amie Julie pour le service car celle-ci avait toujours travaillé dans la restauration. Jeanne s’occupait de toutes les boissons au bar et avait l’habitude de faire chaque jour son marché place Chavanelle, négociant les prix ce qui leurs permettaient de faire des économies. Il y avait toute sorte de clients au restaurant, que ce soit des étudiants ou des chefs d’entreprises. Les clients devinrent vite des amis et lorsque Jeanne et Julie prirent leur retraite elles reçurent de nombreux cadeaux pour ces 20 années de dévouement. La relation amicale entre Jeanne et Julie ne s’éteignit pas avec le restaurant. A leur retraite elles s’installèrent ensemble dans un petit appartement d’une résidence où Jeanne pris soin de Julie jusqu’au décès de celle-ci, malheureusement atteinte d’Alzheimer.
Aujourd’hui Jeanne s’exerce régulièrement à l’accordéon et accorde beaucoup de temps à la culture en lisant beaucoup et en jouant au scrabble avec ses amies.

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