De l’Afrique du Nord à la France
Je suis née à Fours dans la Nièvre, en 1923. On était 13 enfants. J'étais la 4ème enfant et la première fille. Je m'occupais des plus grands et ma mère des plus petits. Et du coup aucun de mes frères et sœurs n'a eu plus de deux enfants. Le charcutier passait tous les samedis, son cheval avait un grelot donc on l'entendait arriver. On était contents car on savait qu'on allait avoir notre rondelle de saucisson.
J'ai fait la guerre à Paris, je me rappelle à la Porte d'Italie, les Allemands arrivaient d'Orléans, et quand ils sont partis ils ont tout mitraillé, je travaillais dans une pharmacie à l'époque, je m'en rappelle. Le pharmacien m'avait dit « Allez vous mettre derrière Marie-Louise, mettez-vous derrière !» et ils ont mitraillé toute la vitrine de la pharmacie.
Je me suis mariée à Paris, en 1945, j'avais 20 ans et mon mari 40. On a vécu 55 ans ensemble.
Après le mariage, on est parti en Algérie car mon mari était de là-bas, il avait ses parents à Sidi Bel-Abbés. J'étais la première française à être mariée avec un arabe. Mon mari était comptable, mais seulement avec la guerre il n'y avait pas beaucoup de travail, j’ai donc vécu chez mes beaux-parents pendant 5 ans. J'ai eu ma fille en Algérie. Puis mon mari est parti travailler au Maroc, il connaissait quelqu'un de Bel-Abbés qui était là-bas dans les chantiers, donc il l'a embauché. J'ai vécu ensuite une quinzaine d'années à Casablanca, on avait la boulangerie pâtisserie en gérance, je me rappelle je faisais plus de 100 kg, je me pesais sur les balances sur lesquelles on pesait les sacs de farine!
Quand on est arrivés en France, on a pris le train avec mon mari et mes enfants, on avait pu emporter que quelques affaires. J'avais pris un marteau avec des clous pour que la valise tienne tout le voyage. On a tout vendu avant de partir, ce que je regrette le plus c'est mon service de table, un vrai service en porcelaine de Chine, il était magnifique, mais j'ai été obligé de la vendre, ainsi que ma machine en coudre. On a donc fait Casablanca jusqu'ici en France, ah quelle histoire!
Au début à Pau, j'ai travaillé pendant deux ans dans une boulangerie. Ensuite j'ai travaillé dans un bureau de placements, aux Allocations Familiales. J'y ai fais le ménage pendant 18 ans, de 5h00 à 8h le matin, et de 17h00 à 20h00. J'y étais très bien, on était très bien considérés. Je n'ai pas eu une vie très heureuse, mon mari était très jaloux.
Quand il est mort, j'ai été malade, j'avais des malaises et on m'a dit que j'étais diabétique.
J'ai 87 ans maintenant, 88 au mois de décembre!
J'ai eu 2 enfants, ma fille en 1946 à Sidi Bel-Abbés, et mon fils à Casablanca en 1952,
Ma fille habite à Pau, et mon fils vit à Bordeaux. De temps en temps, le dimanche elle m'invite à manger chez elle. Ça fait du bien de sortir! C'est quelque chose de se retrouver en famille comme ca! J'ai 5 arrière-petits-enfants.

