De la Corse à Toulouse
Corse : Quand j’ai quitté la Corse j’étais petite. J’avais 9 ans. On habitait près d’Ajaccio. Ma maman, elle y ramassait les olives. Et c’était sa maman qui me gardait. J’étais polissonne, j’allais me cacher. Et quand ma grand-mère m’appelait : « Où tu es ? », je lui répondais : «Je ne sais pas, mamie».
Italie : Moi je suis maligne, je vois clair. J’étais à l’école en Italie. Je suis restée en Italie jusqu'à l’âge de 17 ans. Et l’école je l’ai quittée à 14 ans. C’était pas mal l’école, j’aurais voulu continuer pour être infirmière. A l’école, vous savez, on apprenait le point de croix, le point d’esquive. Tout ça c’est passé maintenant. Après j’ai commencé à travailler. J’ai fait du ménage, j’ai ramassé des fruits…un peu de tout. Le dimanche, on allait au village à côté, on allait danser, on allait à la messe, aux communions. C’était à l’Orsigna.
En Sardaigne, mon papa (beau-père), il faisait le charbon de bois, des gros blocs de charbon. Avec de la terre il recouvrait le bois, puis après il y mettait le feu. Ensuite avec une pelle il enlevait la terre, il sortait le charbon et le mettait dans un sac. Il en avait pour faire des heureux, il se débrouillait. Ma maman elle a été en Sardaigne, moi non parce que j’étais petite, c’est ma mémé qui m’a élevée. Ma maman, elle avait commencé à travailler à 13 ans, et au début son patron, il ne voulait pas la payer, alors elle lui a dit : « Moi je ne veux pas travailler sans qu’on me paye ». Puis elle a changé de métier, elle l’a laissé tomber. Elle était jeune, elle n’était pas mariée encore. Elle s’est mariée à 15 ans. En Corse, on se marie jeune. Quand elle a dit à sa mère qu’elle était enceinte, elle a dû se marier. Elle a dit : « Tant pis, je vais travailler pour ma fille. Ma fille je ne l’abandonne pas. ». Elle était courageuse. Son frère lui avait dit : « Ne fais jamais ça, sinon je te le pardonnerai jamais. » Les Corses ils sont durs.
Tarn : Je suis restée 3 ans dans le Tarn. On était dans une maison. Je travaillais. Je ramassais des fruits. Je faisais des légumes. Le jardin, moi j’aime bien m’en occuper. La terre était bonne, elle était noire. A l’époque j’allais au bal, je n’étais pas encore mariée. J’y allais avec mes copines, c’était dans le Tarn. On dansait un peu de tout, mais pas les nouvelles danses ! La valse, le tango, le chachacha, la rumba. C’était pas mal, par contre il ne fallait pas rentrer tard sinon maman, elle attendait devant la porte. Elle me disait : « A 19h sois là ». C’est moi qui disais à ma copine que c’était l’heure. Et on rentrait à pied hein ! Je m’en rappelle, une fois, il y en avait un qui voulait que je danse avec lui. J’ai refusé et ma copine m’a demandé pourquoi. Je lui ai dit que je ne voulais pas, parce que j’étais fâchée contre lui. Il m’avait fait quelque chose qui ne m’avait pas plu. Il m’avait embrassée devant tout le monde. Je lui avais dit : « C’est la dernière fois !!! ». Je ne me laissais pas faire.
Toulouse : Après ma maman a été à Bagatelle, vous connaissez Bagatelle ? Elle était en Sardaigne puis on a été dans le Tarn, à Albi, avant de venir à Toulouse. La journée, elle partait le matin à 7h, elle faisait le ménage. Elle y allait à la paille de fer, c’était dur, après fallait qu’elle passe de l’acide. Moi, ça, je l’ai fait, c’était dur, maintenant y a tout ce qu’il faut, y a l’aspirateur… Autrefois il n’y avait pas tous les moyens qu’on a maintenant. Je suis restée 2 ans à Bagatelle. Je suis comme elle. Elle avait le caractère comme ça (poing serré). Je n’aime pas qu’on me fasse des réflexions. Elle, elle était nerveuse. Moi je suis plutôt calme. On habitait 21, rue du Gard. Ce n’était pas loin de la course de chevaux et de la route de St-Simon. Quand y avait mon pépé, je l’y emmenais voir les courses. Il aimait ça. Parfois on jouait au tiercé, des fois on gagnait. Ma maman, elle jouait les dates de naissance, celles de mon mari, de ses frères, et puis la mienne. Des fois on gagnait, des fois on ne gagnait pas, c’est la chance. Mon pépé est venu parce qu’il avait perdu sa femme. Ma maman l’avait pris avec elle. 81 ans il avait, il commençait à être vieux. Il marchait avec une canne et un chapeau. Il me semble le voir encore, le pauvre. Pendant la guerre, il a été dans le maquis, il s’est caché parce qu’on voulait le prendre. C’était un résistant. Mon père je ne l’ai pas connu. Il était policier, il avait la folie de la moto. Il a manqué un tournant, il est tombé dans un ravin, et il a eu le coup du lapin. Mon mari je l’ai rencontré à Toulouse. Il était maçon, je l’ai connu dans un foyer rue Lafage. Je l’y avais croisé, il s’y passait plein de choses, des concerts, des danses, pour Noël y avait des repas. Il portait la casquette, c’était un Italien. J’ai quitté le quartier quand je me suis mariée. On a pris une maison sur l’avenue de Muret, elle m’appartient. Je me suis mariée à 26 ans. Ça a duré 20 ans et après il a eu le cancer, le pauvre. Mon mari l’italien il connaissait, mais le français pas trop, alors moi je lui expliquais. Quand je suis venue à Toulouse, j’ai commencé à travailler, sur la route de Paris, je faisais de la confection, de la couture : des pantalons, des vestes, des chemises, des petits tabliers. Je n’ai pas oublié. Fallait faire les boutonnières, ça, j’avais horreur de ca. Tout le monde ne sait pas le faire les boutonnières, les boutons…et puis la broderie aussi. Maintenant non, maintenant je ne peux plus. J’ai travaillé jusqu’à la retraite, à 60 ans et j’ai commencé a 13 ans. A l’usine, il ne fallait pas que j’arrive en retard, sinon le patron nous enlevait une heure. Je préférais partir un peu plus tôt de chez moi le matin, pour pouvoir rentrer plus tôt le soir. Ce n’était pas la porte à côté. Je quittais le travail à 18h30 et j’arrivais à 19h à la maison. Après, il fallait commencer à faire le souper. Et des fois c’est lui qui faisait à manger. Ce n’est pas que je ne voulais pas, hein… Il préparait, il me disait « Aujourd’hui, c’est moi. ». Il faisait des pâtes. Moi j’ai appris la cuisine toute seule, ce n’est pas ma mère qui me l’a enseignée.
Les Voyages :
Tous les ans on partait en train à la mer, on y restait un mois. On avait un petit cabanon. C’était calme, y avait pas de bruit là-bas. On a voyagé aussi. On a fait le tour de l’Italie pendant trois mois, c’était quand j’étais en vacances. On a vu Rome, Milan, Turin, la Sicile, la Calabre, la Sardaigne. On a fait le voyage en train. Tant que j’ai eu mon mari j’en ai profité.


