Chemin de vie (Saumur)
Mémoire recueillie à
Mon mari travaillait à Air France. Il a fait sa carrière là-bas et moi je travaillais sur Paris dans le commerce vendeuse et retoucheuse. On a élevé notre fils qui est né en 1953, il a eu 3 filles. Il est installé en région parisienne. Ils sont agents de maîtrise tous les deux à la RATP, sa 1er fille est secrétaire de direction dans une grand entreprise de comptabilité. La 2ème fille travaille à Air France et la plus jeune est à l’école. Ils sont très gentils ils viennent de temps en temps. Ils ont fait de bonnes études, ils sont courageux et je n’en demande pas plus. Si j’ai besoin d’eux ils viennent me voir mais je ne peux pas les embêter tous les jours. Mais je tiens quand même à rester chez moi car on est toujours mieux chez soi. Je suis pas née ici (Distré) mais sur Allonnes après j’ai fais mon apprentissage en couture. Après je me suis marié à 23 ans, mon mari était militaire. A l’époque il travaillait dans l’aviation ensuite selon les endroits où il allait je le suivais, ensuite il a terminé sa carrière de militaire pour faire carrière à Air France à Paris. Se fut une petite vie très simple. Contrairement à ce qu’on dit, Saint Denis, on y vit très bien, j’ai vécu 30 ans là-bas et je m’y suis plue. Et maintenant je suis là (Distré) toute seule je ne pensais pas que mon mari partirait si vite. Il y a mes voisins qui sont là mais c’est pas pareil, j’aime pas aller chez les gens. Tant que je peux rester toute seule chez moi à 88 ans, c’est beau. Je fais mon ménage moi même mais j’ai une femme de ménage qui vient 1h par semaine mais autrement je fais tout toute seule. Quand mon fils vient, il ne me dit pas besoin pour la comptabilité, tu sais faire toute seule. On est tous différents et puis c’est tout. Maintenant il n’y a plus de magasin où j’habite, il faut aller dans les grandes villes. Maintenant j’ai assez travaillé je me repose car à l’époque on commençait à travailler très jeune. Alors maintenant ça suffit on laisse la place aux jeunes. Mon père était régisseur à l’église de Distré et s’occupait des vignes pendant que moi je travaillais à Saumur. Maintenant mon frère est décédé. Après je suis partie à Paris parce qu’il y avait du travail et je me plaisais là-bas.
(Un petit échange Photos)
J’ai quand même une retraite qui me permet de vivre, je n’ai pas de loyer à payer parce que je suis propriétaire. Je n’ai plus d’enfant à élever, je me suis beaucoup occupée de mes petites filles. Chez papi et mamie elles étaient heureuses, on n’est pas une famille nombreuse. Nous sommes libres. Ils se plaisent à Paris, ils y vivent bien. J’aurais su, je ne serai pas restée à Distré mais à Paris, ce n’est pas violent, je m’embête. Surtout dans une grande ville il y a une vie autre. Moi j’ai pas vécu à la campagne mais j’ai des amies ici que je connais plus beaucoup car elles sont restées à la campagne et moi j’étais à Paris donc elles n’ont pas évolué de la même façon que moi, nous n’avons pas la même vie donc il y a des choses qu’elles ne comprennent pas, et puis moi pareil, les amis disent «on comprend pas pourquoi tu es partie vivre à Paris». Les gens ici s’imaginent comment on était à Paris, on vivait bien sans travailler beaucoup, ils ne se rendent pas compte c’est ça que les personnes ne comprennent pas, que nous avons travaillé énormément. Pour vivre, mon mari travaillait le dimanche, les nuits et les jours de fêtes. Il a fait beaucoup d’heures, rien avoir avec aujourd’hui. Moi je faisais des journées de 9H à 19H, maintenant c’est beaucoup moins, on travaillait beaucoup plus de ce temps là et on trouvait ça normale. Quand mes beaux parents sont décédés, nous avons refais tous les travaux de la maison pour y vivre. Car la maison était dans un mauvais état, nous qui venions de Paris nous trouvions ça un peu dur. Ce n’est pas pratique de se déplacer à Distré, je ne conduis pas faute de transports je ne fais pas de course mais je prends mes plats à domicile, je me les fais livrer, car autrefois il y avait des commerces ici. Mais tout ça est terminé, alors maintenant je fais des courses en compagnie de mon fils quand il vient car il possède un véhicule. Ce n’est pas envier d’être toute seule à la campagne, j’ai des amis ici mais elles trouvent la vie paisible ici car elles y sont habituées, elles sont contentes car leurs enfants sont à coté, elles disent me comprendre car elles se mettent à ma place par moment. C’est déjà beau d’avoir des enfants, sans eux on s’ennuie. Les enfants c’est quand même une vie, on sait à qui penser. Mes voisins n’ont pas eu d’enfant quand ils me voient, ils me disent on est encroûtés. Les gens ne s’entendent pas parce que Saumur est une ville bourgeoise. Une partie est une classe ouvrière et l’autre bourgeois et ils ne se mélangeront pas et en plus de ça il y a l'armée. Ça ne se passe pas comme ça à Paris.
J’ai reçu une très bonne éducation, honnêteté, politesse, religion. Mon fils aussi très bien élevé, très poli, très instruit, beaucoup de respect pour tout le monde. Il a une place a l’heure actuelle croyez moi tout le monde l’aime parce que il a été bien élevé. J’ai connu mon mari, il m’aimait moi aussi puis c’est tout. On a quand même vécu 60 ans ensemble ce n’est pas si mal. Ah mon dieu la guerre! J’ai connu l’occupation quand les allemands étaient là. Il y avait des allemands partout, mon mari était déporté il est resté 1 an en Allemagne, il est revenu vivant et heureusement. Pendent ce temps là on était envahi par les allemands, enfin ils nous disaient rien et nous laissaient tranquille. Je n’aimais pas les allemands parce que c'était nos ennemis, mais leur dire que j’ai conservé un mauvais souvenir des allemands en tant qu’allemands mais c’est des gens comme nous. Ce sont des gens très bien. C'étaient nos ennemis pendent la guerre et c’est tout. Après il y a eu le temps des américains, on avait des américains qui se promenaient partout ils nous laissaient tranquille. Je n’ai rien contre les jeunes c’est tout le contraire c’est ce que je ressens. J’ai des voisins très gentils et jeunes et leurs enfants sont venus me vendre des tickets de tombolas je leurs donne une pièce. Parfois je leur donne des bonbons mais ça s’arrête là. J’ai même un voisin qui est venu pour ma chaudière parce qu’elle était en panne.
