» C’était plus fort que moi « 

Un témoignage de ,
Mémoire recueillie à

Décembre. Le froid saisit tout à l'extérieur... mais pas dans les chambres de la Madeleine ! L'ambiance est chaleureuse dans la maison, alors que nous venons tous les mercredis depuis trois mois. Les premiers doutes quant à la présence incongrue de ces huit jeunes gens (les volontaires) venus d'on ne sait où, ont laissé place à l'échange et à la convivialité. C'est pourquoi nous nous rendons aujourd'hui à notre premier entretien, chez Mme Moulin. Un peu anxieux, car n'ayant jamais fait d'interview avant, nous avons vite été rassurés par la gentillesse sans limites de Mme Moulin...il ne nous restait plus qu'à démarrer l'interview...


Comment ça se passe pour vous ici ?
Voyez-vous, j'accuse le choc sur le moment, et puis après c'est fini. Je remonte facilement...facilement, c'est-à-dire, j'ai la volonté de le faire.
Oui, vous arrivez à relativiser...
Ah bah il le faut, parce que sans ça, ce n’est pas possible. On ne pourrait pas vivre. S'il faut toujours être dans tout ça...mais il faut se dire, non, ça peut s'arranger. On n’a pas toujours la vie rose. Alors c'est ce que je dis, on a travaillé...Mais vous, vous n'aurez jamais la vie qu'on a eue.
Qu'est-ce que vous pensez qui sera différent pour nous ?
Non, je trouve que ça sera différent parce qu'il y a beaucoup de choses que vous ne pourrez pas faire. Il va vous manquer beaucoup de choses, au point de vue argent ; il y a des choses que vous n'arriverez jamais à faire. On n’était pas malheureux, mais ce n'était pas la même vie. On ne prenait pas les choses de la même façon, ce n'était pas aussi dur que maintenant. Ce n'était pas pareil. On travaillait dur, mais ça ne fait rien. Ça, ce n’était pas pareil.
L'avenir se présente mal, je trouve. Et surtout pour vous, les jeunes. Nous, maintenant, notre vie est faite, c'est fini. Mais seulement, c'est vous maintenant. Et moi aussi, je vois les tout-petits. Parce que ça, je me demande ce que ça deviendra tout ça. Il ne faut pas voir les choses plus mal qu'elles ne sont, quelquefois. On peut essayer, toujours ; on ne risque pas grand-chose.
La vie était donc un peu plus facile pour vous ?
On travaillait, mais avec un peu de gaieté, quoi, je ne sais pas...il y avait de l'ambiance, il y avait de l'entente. Maintenant aussi, je ne peux pas dire. Depuis que je suis ici, moi j'ai beaucoup d'entente et d'approche, ça je peux le dire, ça c'est sûr. Mais il y a quelque chose qui diffère. Je ne peux pas expliquer ça... On n’était pas élevés de la même façon. On n’avait envie de rien. On n’avait rien. On n’avait pas envie. On ne voyait rien. On n’en avait pas envie. Tandis que maintenant, c'est différent. La vie s'est modernisée, beaucoup. Alors évidemment, tout ça, ça a changé. Enfin, c'est normal... c'est la vie qui est comme ça, et qui va devant. Il y a longtemps que j'habite Nantes. Pensez-vous, je devais avoir à peu près, 13 ans, 14 ans...alors vous voyez, ça fait un moment quand même, que j'y suis...je me considère comme nantaise, d'ailleurs !
Et vous veniez d'où ?
St-Nazaire, oui...née de parents bretons, pur-sang ! Mais je ne le parle pas. Et pourtant à la maison, on parlait beaucoup breton, mais je n'ai jamais voulu l'apprendre.
Ça ne vous intéressait pas ?
Eh bien c'est-à-dire que quand on est jeune, on ne réfléchit pas toujours à tout... Mais je trouve que maintenant je me dis il aurait peut-être mieux fallu, quelquefois ça peut servir. C'est toujours intéressant d'en savoir plus... Mais enfin qu'est-ce que vous voulez c'est comme ça. La vie quelquefois change bien des choses. On ne s'y attend pas mais enfin quand il le faut il le faut et puis c'est tout. Faut prendre les choses comme ça.
Donc vous êtes venus à Nantes vers 14 ans ?
Oui j'avais à peu près 14ans, puis je n’ai pas bougé. Alors j'ai travaillé comme tout le monde.
Vous faisiez quoi comme travail ?
J'ai commencé chez les autres voyez-vous, chez des sœurs, pas commodes non, mais il fallait le faire, puis après, j'ai connu mon mari à 17, 18 ans mais c'était le mauvais moment parce que la guerre se présentait déjà à ce moment-là. Et puis je suis rentrée à l'Hôtel Dieu mais je n'ai pas pu faire ce que je voulais.
Vous vouliez faire quoi?
Je voulais continuer à apprendre à soigner les gens si vous voulez parce que moi j'aimais beaucoup ça, mais malheureusement ça a été bombardé, tout est tombé dessus, il a fallu que je cherche autre chose. Alors je me suis mariée, et puis j'ai aidé mon mari dans son travail, qui a fait 46 ans de pharmacie. Il était 1er préparateur. Et c'est une des pharmacies de Nantes qui ait eu l'homéopathie qui ait travaillé avec des laboratoires. Et pendant 10ans, j'ai fait le service de nuit avec mon mari à la pharmacie nantaise, et j'ai appris beaucoup, beaucoup de choses avec lui. Beaucoup ! Voilà j'ai passé toute ma vie comme ça, et puis j'ai élevé mes enfants, et après mes petits-enfants, et puis voilà, et ça continuait.
Combien d'enfants vous avez eu?
J'en ai eu 2, qui m'ont donné 6 petits-enfants. Alors vous vous rendez compte ça commence à compter. Et j'ai 7 arrière-petits-enfants. Et l'aîné a 18ans. Mais vous voyez maintenant que je suis ici, pour moi c'est toute ma joie. Ils me téléphonent, ils ne m'oublient pas. Oh non, ça je peux dire que j'ai de la chance de ce côté-là. Certainement, il y en a qui n'ont pas ça, malheureusement, mais moi je peux dire que je ne suis pas malheureuse. Bien que mon mari ne soit plus, que voulez-vous...C'est la vie. C'est comme ça il faut le faire, il faut le prendre, ce n'est pas toujours amusant. On a quelquefois des moments dépressifs, mais enfin je ne suis pas toute seule. Y en a qui sont encore plus malheureux que moi, c'est ce qu'il faut dire. Faut regarder à côté, faut pas regarder toujours son cas, il faut regarder à côté, c'est ce qu'il faut faire.
Vous avez dû rencontrer pas mal de gens ici?
Ah oui, des gens que je ne connaissais pas. Là ce que j'ai, c'est que je m'en vais vers les gens, je ne recule pas, et j'arrivais à avoir des sympathies, alors nous sommes 3 là vraiment, on se complète, toutes les 3, avec Mme Morisseau, et ma voisine à côté, Mme Leboeuf, et puis d'autres aussi bien sûr. Et on peut dire qu'il y en a de l'entente dans la maison, il y a de l'ambiance, on vit, vous savez, on est ensemble, donc c'est très bien, on plaisante, on rit, on joue, et l'on dit un petit peu ce que l'on a qui nous tracasse, mais sans plus. Puis une fois que c'est passé c'est passé, qu'est-ce que vous voulez, c'est comme ça, il faut dire que notre vie maintenant, on ne peut pas en demander plus. On n’a pas été trop malheureux.
Elles étaient déjà dans la maison ces deux dames quand vous êtes arrivées?
Il y en a une ça doit faire un an de plus que moi, puis ma voisine à côté ça doit faire 2 ans.
Vous leur avez parlé assez vite alors?
Ba écoutez je vais vous dire une chose, quand je me suis vue comme ça je me suis dit faut pas que je reste, il faut que je descende. Tout au moins il faut sortir. Je ne connaissais pas le coin du tout, pas du tout. Je l'ai connu autrefois, avant les bombardements, parce que c'e n’était pas construit, ce n'était pas ça, alors avec les enfants et mon mari bien souvent on faisait un balade par là, mais moi je reconnaissais plus le coin, alors j'ai dit faut que je sorte. Alors j'ai commencé par sortir, puis après je me suis dit faut que tu ailles voir quand même dans la salle d'activité ce qui se passe. Alors je me suis approchée, j'ai parlé un peu aux dames, puis alors après ça s'est bien arrangé puis voilà. Je vais vers les gens, je ne veux pas reculer.
Vous pensez que vous êtes quelqu'un d'assez sociable?
Oui parce que je pense aux gens, parce que si vous reculez, vous êtes toujours seuls, alors vous êtes là dans votre chambre, et puis qu'est-ce que vous faites, alors on est en train de réfléchir, et puis de revoir certaines choses qui se sont passées. Tout le monde a eu des malheurs, tout le monde a eu des ennuis, on a eu des moments de mauvaise santé bien sûr mais il ne faut pas se replier sur soi-même de trop, parce que ça ne va plus. C'est mon tempérament comme ça, il y a rien à faire. Mes enfants me le disent d'ailleurs, mais je ne me défends plus maintenant! Maintenant que je suis ici je ne me défends plus. (rires) Avant ce n'était pas comme ça. Parce que mes enfants me disaient toujours : « mais enfin écoute, tu dis toujours 'oui' tu dis jamais 'non', jamais on t'entend dire 'non je ne veux pas ça', tu dis toujours 'oh bein oui si vous voulez' ». Et mon mari c'était pareil « je ne comprends pas, t'es toujours contente de ce que tu as, de ce que tu fais ou de ce que l'on fait.. ». Qu'est-ce que vous voulez de plus? Moi je me trouvais bien comme ça. Oui mais après...il a bien fallu que je me défende. Ca fait 20 ans que j'ai perdu mon mari, 20 ans. Alors je me suis dit, il faut que je reprenne le dessus. Puis ma fille n’a pas eu de chance parce qu'elle a perdu son mari aussi. Il y a 8 jours que j'étais ici, et lui il partait...Le cancer quoi, comme toujours, le cancer...Et malheureusement il l'avait aux jambes, il l'avait au genou, il a fallu l'amputer. Mon mari aussi, c'est pareil, il est mort d'un cancer. On n'entend que ça maintenant à part la grippe A! Ils font peur aux gens avec ça, es vaccins, maintenant qu'ils les ont faits faut les liquider, c'est tout. De toutes façons moi je le veux pas...non non. On verra.
Ici vous êtes un peu protégés de ce qu'il y a...
On n'est pas si mal que ça. Y a les docteurs, il y a quand même les infirmières bien sûr. Remarquez, pour moi y a pas assez de personnel. Parce que là elles sont débordées. On sent que par moments ils sont fatigués aussi. Aller d'une chambre à l'autre vous savez ce n’est pas drôle. Moi je plains ceux qui sont couchés toute la journée et puis qui sont là, s’ils ont leur tête encore vous savez..., ça ne doit pas être drôle. Moi je pense beaucoup à ça. Je pense quand même à ça. J'aimerais mieux garder ma tête. Si j'ai des difficultés pour marcher ba tant pis je ferai comme les autres.(rires) Mais autrement non, moi c'est ceux qui sont dans leur chambre, je pense beaucoup à eux. On ne peut pas aller les voir, c'est difficile. C'est interdit maintenant. On n'aime pas beaucoup nous voir dans les chambres parce qu’au fond on ne sait pas...ils ont toujours peur maintenant...on peut attraper quoi que ce soit, j'en sais rien. Moi je n'ai pas peur de la contagion. Je n’ai jamais eu peur de la contagion, (silence) Jamais. Oh non. De toute façon, si on doit avoir quelque chose on l'a quand même. On n'a jamais eux peur de ça nous autre, jamais. Puis mes enfants non plus. Je descends toujours vers les 3 heures. Et puis on reste jusqu'à 5h, 5h45. On a toujours des choses à se raconter. Quand on a finit de jouer bon 'encore une journée de passée', et puis voilà. (silence) Oh non mes les jours passent vite vous savez. Moi quand je pense que ça fait 7 ans que je suis là. 7 ans le mois prochain. Vous vous rendez compte? Oh alalala...je dis 'ce n'est pas possible'.(silence) Non mais c'est vrai, on se rend pas compte hein. Oh lala, y a des hauts et des bas, enfin on les prend. On ne peut pas toujours être en train de se plaindre. Oh alalala, non. Je n'arrive pas à comprendre moi. C'est rare quand on me verra me plaindre. Si je suis malade, je fais comme les autres, ce n'est pas compliqué! On n'est pas si mal que ça. Le personnel n’est pas désagréable. Regardez le personnel de table, ils sont gentils, on plaisante avec eux, ils sont bien, ils sont simples, ils comprennent des choses. Puis on a un nouveau directeur il a l'air bien.
Vous avez pu lui parler déjà?
Oh oui, il a l'air d'un homme de vouloir faire quelque chose, qu'il a obtenu d'ailleurs, certaines choses, pour la cuisine, l'autre il avait rien, il avait même pas assez de casseroles! Alors écoutez, puis celui-là il a eu automatiquement tout ce qu'il lui manquait! Oh non il a l'air d'un homme bien plus simple, et ce qui est bien il est très proche des gens. Alors ça, ça nous plaît beaucoup à tous. Parce qu'il nous parle il nous dit bonjour, il nous demande si ça va, je ne sais pas moi, on le voit tous les jours. Là il est en vacances pour l'instant, mais enfin on le voit tous les jours, il est bien. Un homme énergique qu'il faut. Faut qu'il ait de la volonté faut qu'il soit énergique, mais enfin on sent que c'est un homme qui veut quand même faire quelque chose, ça s'est sûr. Enfin qu'est-ce que vous voulez, on n'est pas parfait dans la vie on a bien des petits machins mais enfin bon, ça passe. Avec Michèle c'est le bonheur, c'est le bonheur avec elle. On peut lui parler, c'est vrai elle est formidable! Même avec la secrétaire avec Nadine, moi je connais Nadine depuis 7 ans aussi, elle est gentille comme tout cette femme là. Ah non on n'a pas à se plaindre à ce point de vue là. Ce n'est pas de leur faute s'ils sont toujours en train de courir. Il y en aurait une ou deux de plus, ça ferait du bien, m'enfin il n’y en n'a pas, il n’y en n'a pas, puisqu'il paraît qu'il y en a assez. Enfin le malheur c'est qu’il y en a qui cherchent à travailler, et qui ne trouvent pas. Ca j'ai connu ça moi avec mes petits-enfants. Il y en eu un c'est un an avant de pouvoir travailler. Et en ce moment encore il y en a deux ba vous savez ils sont bien. Ca fait 22ans qu'il travaille dans l'informatique, ça fait 22 ans qu'il est dans la même entreprises, ça commence à compter quand même. Puis c'est un travailleur. Tous d'ailleurs. Trois garçons. Mais alors c'est des travailleurs. Mais voilà, ça ne se présente toujours pas comme il faut. Mais enfin...On espère toujours. C'est ça qu'il faut faire. Enfin on verra bien. Faut pas voir tout en noir non plus, mais enfin il y a des fois quand même que ça me tracasse moi. Je vois plus pour mes petits-enfants que pour mes propres enfants. Si ma fille la savoir seule ça m'embête. (silence) Comme elle dit 'je ne suis pas malheureuse'. Mais enfin, elle a ses enfants aussi. Elle a deux filles elle. J'ai 5 arrière-petits-enfants mais c'est que des garçons. Et mes petits-enfants c'est 3 garçons et 3 filles. Alors vous voyez c'est bien partagé quand même. Il y a que les arrières-garçons, j'aurais voulu une fille quand même! Mais non...c'est que des garçons! Mais des garçons bien! Aaah oui, bien élevés, ils sont bien. Enfin qu'est-ce que vous voulez. L'aîné, 18 ans, l'autre le deuxième qui est à Toulon lui il a 16 ans il va sur 17 ans et il fait 1m98. Un bel homme! Il a tout pour lui! Mais je ne lui dis pas! (rires) Parce qu'il se croirait peut-être un peut quelque chose! Puis après c'est 13 ans, 14 ans, 10 ans. Moi je suis contente de mes petits-enfants. Moi je vis que pour eux maintenant, enfin tant que je pourrai!
Et ils viennent vous voir régulièrement?
Oh toutes les semaines j'ai quelqu'un! Toutes les semaines j'ai ma fille qui vient. Mon fils ne peut pas parce qu'il habite à 60km, il peut ne pas être là tous les jours. Puis en ce moment il est fatigué, ça ne va pas trop. Ah maintenant faut qu'il fasse attention à ce qu'il mange. C'est ça le diabète, on en a partout, on en voit partout on entend que ça maintenant! Il a eu de très graves opérations. Puis sa femme n’a pas de santé non plus. Alors j'ai connu ça, voyez-vous, ma belle-fille au lit, mon fils travaillant, et m'occupant des enfants, et y en avait 4 à ce moment-là. Alors je les ai élevés un peu. Mais je suis tellement contente. C'est mignon les enfants. Et ceux qu'on a vus hier, qu'est-ce qu'ils étaient mignons! Les petits enfants qui sont venus chanter. Les enfants de l'école Jean XXIII. Oh qu'est-ce qu'ils étaient mignons! (rires) Ils étaient adorables, des petits bouts de choux. Ils sont venus chanter ici, et puis vous savez ils se trompaient pas ! Moi ça me faisait plaisir on les voyait chanter, et puis les manières en même temps, et puis 'pan' dans les mains, on tournait d'un côté [Mme Moulin se met à chanter en imitant les enfants!] Oh c'est mignon c'est adorable! Alors vous voyez on a toujours quelque chose, on ne peut pas s'ennuyer.
Vous sortez un petit peu quand il fait beau?
Oh oui, pour ma promenade je vais place Mangin, avant j'allais Boulevard Victor Hugo, et je prenais le boulevard en haut, et je revenais. En principe j'avais une promenade de ¾ d'heure 1heure, je marchais tranquillement, mais, paraît-il que je marche trop vite! 'Vous ne vous rendez pas compte hein, mais on ne peut pas vous suivre'! C'était mon coin ça. Ou alors, quand ça me prenait, j'allais prendre le tram, jusqu'à Place du Commerce, et je faisais la rue du Calvaire. Quand il fait beau, on aimait bien aller dans le jardin, alors vous savez, tous les bancs étaient occupés, à partir de 5h/5h30 la température est agréable. Parce que dans la journée on ne peut pas, il fait trop chaud. Parce qu'on a eu des chaleurs. Cette année non! Alors là on n'a pas eu de chaleurs ! On est bien dans le jardin. Ce qu'il y a on a cette sortie là. On n'est pas mal. Et puis regardez dont ça, j'ai mon petit balcon, je peux me mettre là si je le veux, alors c'est pas mal ça. Moi je crois qu'ici on est bien logés. Ailleurs il y a des personnes qui se plaignent. Il y en a ils n’ont pas un grand. Moi ici je considère ça comme un petit appartement. On a tout. On a l'entrée, des toilettes, la cuisine indépendante, on fait ce que l'on veut, moi je me trouve très bien. Puis je me plais là. Je me plais là dans mon petit coin. Ah, j'aime bien mon petit coin tranquille. Mais il y a des personnes qui sont...vous savez, à St Joseph là, bin ils ont quand même 3 dimensions de chambre, 18m2, 20m2, et le plus grand 24m2, mais ça ne fait pas grand. Puis interdit de faire de cuisine. Alors ils viennent leur apporter le petit déjeuner dans leur chambre. Vous vous rendez compte? Ici on doit avoir 31m2. C'est déjà pas mal. Et puis, à Chambellan ils ont 2m2 de plus que nous. C'était fait pour un foyer-logement ici. Moi je dis que c'est un petit apparemment, je suis chez moi! Ca me suffit. A tous points de vue moi je suis bien. Je ne me plains pas.
Vous faites la cuisine chez vous?
Ah mais oui!! Mais oui!! Maintenant un peu moins, mais j'ai fait la cuisine quand je recevais mes enfants, et j'avais un petit four. Maintenant c'est difficile pour moi. Alors on mangeait ici, tranquille, alors maintenant je les invite en bas, c'est plus facile pour moi, il y a plus qu'à se faire servir (rires). Moi je dis qu'on est bien. Puis regardez, vous la jeunesse vous venez maintenant. Ca remplit la maison! Regardez quand on est allés au jardin des plantes, on a passé un après-midi formidable. Et il faisait beau. Puis ça vous fait voir un peu comment ça se passe, connaître des gens, leur comportement. Il y a des choses qui sont bien, d'autres qui choquent un peu enfin, on les prend quand même! C'est tout. Puis moi j'aime bien sentir de la vie autour de moi. Alors Michèle m'a dit 'ça ne vous ennuie pas?', ba j'ai dit 'pas du tout, au contraire!'. Faut penser qu'on a été jeunes nous aussi. On aurait peut-être aimé qu'on s'occupe un peu de nous, qu'on puisse avoir autre chose, parce qu’on n’avait pas beaucoup de contacts comme maintenant. On ne parlait pas. Ce n'était pas pareil. Fallait faire attention à ce que l'on disait. Et les parents nous cachaient beaucoup de choses. On ne connaissait pas ce que l'on connaît aujourd'hui. Et quand il y avait quelque chose à faire, à dire, et bien on nous disait 'allez donc voir ceux qui s'amusent là-bas!', parce que entre les grands-parents et les parents, ça parlait entre eux mais on n'avait pas le droit d'entendre. Ah ce n'était pas pareil du tout. On n'allait pas au devant des enfants pour leur faire comprendre certaines choses. Moi c'est ça qui m'a gênée un peu parce que quand on arrive dans une ville, j'étais chez les bonnes sœurs mais enfin quand même, il a fallu que j'apprenne beaucoup de chose, je vous assure que ce n'était pas toujours drôle, mais enfin je me disais 'si ma mère m'avait dit ça et ça' j'aurais peut-être mieux compris certaines choses que j'aurai pu faire et puis que je ne faisais pas. C'était pour ça que je vous dis que maintenant il y a une différence, parce qu’on n'hésite pas à parler devant les enfants, même tout petits. Moi avec mes petits enfants quand ma fille attendait son deuxième bébé, il y avait 7 ans de différence, c'était une affaire entendue, l'aînée vous savez m'a dit 'je sais que maman attend un bébé', tandis que dans le temps il n’aurait pas fallu dire ça, oh ba certainement pas parce que vous savez on aurait été punis. Tandis que maintenant c'est tout à fait différent, on va beaucoup plus en avant, on ne se ne retient pas devant les enfants comme à cette époque là. On cachait beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses. Ce n'était pas pareil. Et puis au moment de périodes des fêtes il fallait suivre, fallait pas aller à côté, il fallait s'accoutumer. Mais enfin ce n'était pas toujours tellement facile. Et puis on travaillait, il ne fallait pas rester à rien faire. Certainement pas. Parce que quand moi j'étais à la maison, ma mère avait pas beaucoup de santé, mon père non plus, il fallait que je fasse.
Vous aviez des frères et sœurs?
Oh j'avais qu'un frère, qui est décédé à 51ans, et je n’ai plus personne. C'était moi l'aînée. 51 ans... Mais j'ai perdu mes parents de bonheur ils avaient 58 ans. Et à 8 mois d'intervalle. La vie vous réserve des mauvaises surprises mais enfin il fallait que je prenne les choses. Maintenant ça va moi. Oh puis ça a toujours été. Et puis toujours près des autres. Pour moi c'était ça. Aller près des autres, essayer de comprendre ce qui pouvait les gêner, surtout quand j'étais jeune fille, je n’aimais pas voir les gens malheureux. C'était plus fort que moi.
Vous aimez bien aider les gens?
Oui. Beaucoup. Peut-être un peu de trop même. Mais enfin. Je n'aime pas sentir les gens malheureux. Il y a des gens ils sont indifférents. Je ne le montre pas. Vous n’attendez pas à ce que je le montre au contraire. Je n'aime pas montrer. Pourquoi faire pleurer devant les gens? Ca ne change rien. Il faut penser seulement à ce qu'on a eu de bon, puis on essaie de mettre le reste un peu de côté. Et puis voilà. Si on a un peu de stress, on essaie de remonter un petit peu. C'est tout. Mais moi je monte assez facilement. Et puis je suis assez gai de caractère. Je ne prends pas les choses de la même façon que certaines personnes. Ce n'est pas pareil. Il y en a tout de suite ils voient le plus mal plutôt que de dire faut pas prendre ça comme ça. Je n'ai jamais été comme ça. Même étant gosse alors c'est vous dire. Toute petite si quelqu'un était malheureux facilement je le ramassais. Mon père me disait : toi la terre pourrait s'arrêter de tourner, tu ramasserais encore quelqu'un'. C'était plus fort que moi. Chacun ses défauts et ses qualités ! Je ne suis pas parfaite! Loin de là! Oh non, je ne suis pas parfaite! Je fais bien des bêtises aussi comme tout le monde, c'est tout à fait normal hein!


Sur ces belles paroles, Mme Moulin nous propose gentiment un café, ou jus d'orange ou...petit vin doux!

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