C’était cela mon enfance… c’est vrai que c’est dommage d’oublier
Je suis née dans un chalet en montagne. Il faut bien penser que ce chalet à l’époque en 1916 n’était pas le chalet où il y a les touristes actuellement. Ces chalets étaient rudimentaires, il n’y avait pas de confort, bien sûr qu’on n’avait pas l’eau dans la maison : on allait la chercher à la source pour la boire et au ruisseau pour le reste des besoins. On allait à ce chalet avec les troupeaux à partir de juin jusqu’à fin septembre. Et alors, montés au chalet, les plus petits de la famille, la maman en principe et puis les enfants, on gardait les troupeaux, on vivait quoi ! Ces chalets étaient fait de telle façon qu’il fallait aménager des places pour les bêtes fragiles par exemple des agneaux, des petits veaux, séparés de nous par un galandage * … à côté de la maison où on habitait, où on avait nos lits, on était voisin aux petites bêtes qui auraient besoins où la nuit où les jours de tempête pour être gardées.
Enfin, c’est ici que je suis née, au mois d’août …
La vie était pauvre, était rude, mais…il y avait un amour, une entraide qui nous faisait vivre.
Les habits
Au temps de mon enfance, ce que j’ai vu, c’est que…soit pour la nourriture et en bonne partie pour le vêtements, le vêtement que l’on a tout les jours quand on travaille, il fallait le tirer de ce que l’on avait sur place, du sol, des troupeaux. La laine, on la travaillait, on la filait on la tissait au métier à tisser : à côté de ma maison il y avait quelqu’un qui tissait. Et à propos, je peux vous parler d’une certaine plante que j’ai vu semer, que j’ai vu grandir, qui s’appelait le chanvre. Au départ c’était comme du blé puis ça montait très haut. Ces tiges étaient faites de filaments, mais fin, très fin ! Et quand ils étaient mûres, on en faisait des fascines* et on les portait dans un étang où il y avait un lieu marécageux que l’on aménageait. Cette chose là devait tremper ainsi dans de l’eau, je ne sais plus si c’était des semaines ou des mois. Et quand on les sortait de là, au soleil pour les faire sécher, il fallait avoir des peignes métalliques, quelque chose de très fort, et parfois avoir la force des hommes, être vigoureux pour commencer à les coiffer.
C’était quelque chose! Ensuite on les filait, et je l’ai vu tisser, et faire des draps, des taies de ce chanvre travaillé.
La nourriture
Pour la nourriture, essentiellement le blé et les pommes de terre. Le blé parce qu’il y avait au bas de ce mont Corbier qui descendait presque jusqu’à St Jean de Maurienne il y avait des moulins. Et ce blé on l’amenait sur un mulet dans des outils appropriés et on repartait avec de la farine : c’était ce blé qu’on avait cultivé et qu’on avait moulu! C’est pourquoi la terre était si précieuse, importante. Le moindre petit morceau de terre, de parcelle de 2 mètre carré, il ne fallait pas le perdre pour avoir assez de blé et assez de pommes de terre. C’était une pente pas possible, comme des escaliers presque ! Les parcelles étaient faites avec des petits murets au bas pour retenir la terre. Pour cela, on commençait à prendre une partie a peu prêt large de 1 m, et on l’apportait au sommet : je me suis essayé à porter cette terre sur des civières. Ou alors ceux qui avaient un mulet la mettait dans des petits sacs de chaque côté et prenaient cette terre du bas pour la monter au sommet.
Ce qui veut dire que c’était quand même laborieux et rude de travailler. Les petits le faisaient par occupation, on ne le faisait pas par force, on était content de commencer à travailler avec les grandes personnes.
Avec cela, on faisait le pain, dans chaque petit village il y avait un four qui servait à tout le monde les uns après les autres. On mangeait les lapins, les poules, la viande des petites bêtes qu’on avait, ou des porcs puisque chaque famille avait un ou deux porcs. Alors comment les conserver ? Il n’y avait pas l’électricité, je l’ai vu venir l’électricité en 1925. Je trouvais que pour étudier les leçons, on voyait tellement bien ! Mais au chalet et même pendant longtemps au village, on n’avait pas l’électricité. Alors comment faire pour conserver la viande par exemple? Et bien, on avait de grands saloirs ! C’était avec du sel, du poivre…alors avant de manger ça en cours d’année, il fallait le faire dessaler, comme la morue qu’on achetait.
Il y avait des choses qui compensaient … on pouvait avoir du lait frais, et il y avait cette chaleur ambiante …
Mes souliers fins
C’était des petits sabots, et mon père les faisait tellement bien ! Et à mesure que mon pied grandissait il les creusait. Mais toute petite, et même encore pour aller à l’école pendant un temps, je n’étais pas seule mais moi j’avais la chance que mon père le faisait, on était chaussé avec des petits sabots de bois pas avec du cuir dessus, complètement de bois. Or, quand j’ai vu à Vancouver (cf. Jeux Olympique d’hiver 2010), les drapeaux canadiens avec la feuille d’érable, et bien cela m’a fait repenser à mon enfance : c’était ce bois là que mon père se servait pour faire les sabots parce qu’il est parait il très facile à travailler…on appelait ça des planes, mais la feuille c’est tout à fait celle là !
C’est tout un autre monde…c’était cela mon enfance...c’est vrai que c’est dommage d’oublier.
*Galandage : séparation avec des planches
*Fascines : fagots de branchages


