Ma belle-sœur Monique
«Je suis née à Strasbourg. J’ai fréquenté l’école du Contades, et après mes années d’école, j’ai cherché du travail. J’ai fait couturière dans une usine; on faisait des pantalons et des jeans. […] J’ai trois frères. J’ai eu trois enfants; c’était trois garçons, comme mes trois frères. Le premier de mes garçons qui s’est marié a eu une fille. J’ai fait du basket, et quand j’ai fait du basket, j’ai rencontré mon copain. J’avais vingt-et-un ans. Il avait une sœur, et mes beaux-parents étaient pieux; ils allaient toujours à la messe. Et sa sœur est allée dans un couvent. Mes beaux-parents ne l’ont pas supporté, mais c’était son choix. Ils habitaient à Schiltigheim, et à Schiltigheim, il y avait une usine de goudron. Tout le monde est mort de cette saleté; ils sont tous tombés malades. Pour l’anniversaire à sa sœur, sa maman a dit: «Monique, qu’est-ce que tu voudrais bien pour ton anniversaire?». Et elle a dit: «Des chemises de nuit». Ma belle-mère a dit: «pourquoi des chemises de nuit?» Et elle a répondu:«Parce que je vais aller au couvent». A vingt-et-un ans, elle a dit qu’elle voulait aller au couvent. Mes parents étaient très pieux; ils rataient pas une messe. Mais ça, ils ont pas pu le supporter. Ils ont souffert, ils ont souffert.
Mon beau-père était cheminot; il payait pas le train. Il prenait le vélo, puis montait dans le train et allait voir sa fille. Un jour, la Supérieure lui a dit: «Monsieur B., vous n’avez pas le droit de venir voir votre fille. Elle est maintenant au couvent, vous n’avez pas le droit au visite». Ils avaient le droit de venir la voir juste au moment de la fête du couvent. C’était très dur pour eux. […] Ça a été un choc. Monique était partie au couvent, c’était fini. J’avais des très bons beaux-parents. […] Moi, je faisais tout pour eux. Mon beau-père était cheminot, et il me disait toujours «toi, tu es ma fille» ».


