Anecdotes de guerre (seconde partie)
Une triste histoire:
Ils avaient gardé les employés de l'hôtel et un savait l'allemand. Il a entendu ce dialogue entre un soldat qui pleurait et un officier:
L'officier allemand lui dit « Pourquoi pleurez-vous? »
« Parce qu'il y a eu un bombardement sur l'Allemagne, j'ai une partie de ma famille qui est morte. »
« Ca ne fait rien! » répond l'officier allemand « Il n'y a que Hitler qui compte, le reste ça ne compte pas! »
Le soldat sort son pistolet et le tue. Du coup il a été arrêté et pendu.
Cet employé savait l'allemand et c'est comme ça qu'il s'est rendu compte de ce qui se passait. C'est horrible hein? Horrible.
Des papiers dans le potager:
J'étais jeune religieuse à Tulle et on m'avait demandé d'aller aider pendant les vacances un centre aéré dans le nord de la Corrèze à Sallon La Tour. C'était un hospice et une des Sœurs de la paroisse s'occupait du centre aéré pour la paroisse et la mairie, parce que les enfants on ne savait pas trop qu'en faire à cette période-là. Un jour on nous dit « Les allemands vont arriver demain, il faut faire évacuer les soldats blessés que vous avez du maquis ».
On avait des soldats du maquis alités. Il a fallu les faire lever, leur donner quelque chose à manger et les faire partir, certains avec 40 de fièvre, dans les bois. Et leur bardât qu'en faire? Alors on a défait un tas de charbon, on a mis des boîtes en bois et là on a caché le bardât des maquisards. Et le soir un officier français arrive:
« Voilà les allemands arrivent de plus en plus près et j'ai des papiers très importants que l'État-Major voudrait que vous cachiez »
Alors on dit « Écoutez on va faire ce qu'on peut »
« Je pars vite car ils vont arriver très vite et vous, faites vite! »
C'était le soir vers 9h/10h. J'avais lu beaucoup de romans policiers autrefois, d'Agatha Christie. Alors il m'est venu cette idée: nous avions un jardin potager derrière. Si je le cachais parmi les légumes? Parce qu'ils étaient entourés de quelque chose d'imperméable donc on pouvait les mettre dans la terre ils ne s'abimeraient pas parce que je m'étais renseignée auprès de l'officier. Alors le soir vers minuit je me suis levée, une Sœur aussi s'est levée et rien qu'avec une lampe de poche nous sommes allées dans le jardin. A quatre pattes j'ai creusé un trou au milieu des rames de petits pois. J'ai fait un trou, j'y ai mis les papiers, j'ai recouvert. Et comme j'avais lu beaucoup de romans policier dans ma jeunesse j'ai effacé mes traces. J'ai eu du danger à plusieurs reprises et j'ai gardé mon sang froid. Alors on va se recoucher. On dort plus ou moins bien, bien sûr. Le lendemain les allemands arrivent, visitent la maison, voient les lits qui avaient été refaits. Ils n'ont pas trouvé de maquisards, ils n'ont pas trouvé leur bardât, ils n'ont pas trouvé les papiers. Ils n'ont même pas eu l'idée d'aller dans le jardin potager (rires). Quand ils sont partis, l'Armée française est revenue et on leur a redonné les papiers. J'ai eu du mal à les retrouver parce que c'était la nuit, je ne savais pas très bien où je les avais mis alors j'ai du bêcher un bon bout de terrain! C'était dans une poche plastique, ils avaient bien fait ça les soldats. Deux jours après un soldat de l'armée secrète est tué et nous est amené. Il est mort avec le chapelet autour du poignet. On savait dans sa compagnie qu'il voulait un enterrement religieux. Alors on y va - 2 sœurs, le prêtre et le sacristain - on était les seuls à l'enterrement. Et tout d'un coup on nous dit « Les allemands arrivent! » Alors le prêtre s'est mis à l'autel. Les allemands se sont retirés, ils n'ont pas interrompu la cérémonie.
Protéger les autres:
Dans un hôpital une sœur avait un homme malade qu'elle savait recherché par les gens de la Gestapo. On lui a dit qu'ils étaient à la porte. Qu'est ce qu'elle fait: elle enveloppe le malade du drap, elle était très forte, le met sur son épaule, elle croise les allemands et leur dit « Vous voulez celui-là? » et il faisait le mort. Il n'a pas été arrêté, elle non plus mais elle a eu une médaille militaire à la libération. Quand il y a eu l'occupation nous avons caché une enfant juive. La Supérieure nous a réunies en grand secret par petits groupes et elle nous a dit « Nous risquons notre vie mais la vie de cette enfant vaut bien la nôtre. Elle s'appelle Rachel mais nous lui changeons son nom et elle suivra la classe tout pareil comme les autres ». Elle avait une douzaine d'années. Je ne sais pas quelle petite histoire on lui avait expliquée: que ses parents avaient dû partir je ne sais pas pourquoi...et c'est pour ça qu'ils l'avaient mise pensionnaire. Elle n'a pas été reprise, la famille a pu la reprendre plus tard. On essayait de faire tout ce qu'on pouvait. De Rachel on n’a jamais eu de nouvelles depuis.
Les évènements de Tulle:
J'ai vécu les évènements de Tulle quand il y a eu les pendus. On l'appelle la ville martyre. Des femmes de la basse ville, on les appelait des femmes…grossières un peu...elles ont vu des allemands morts dans la rue... ou blessés et elles ont craché dessus et un allemand en civil les a photographiées. Les allemands au retour ont pris- je ne sais pas si ce n’est pas une centaine - d'hommes et ils les ont pendus chez eux, à leur balcon, à leur fenêtre... A Tulle ça a été horrible, horrible! C'est pour ça qu'on l'appelle la ville martyre. Et au fond les allemands venaient parce qu'il y avait des prisonniers français évadés ici. Il y en avait 3. Juste 3. Et ils ont tout bouleversé pour avoir ces 3 français qui n’étaient pas loin de mon dortoir. Les parents ont su assez vite que Tulle allait être occupée et ils sont venus chercher leurs enfants. Alors j'ai eu l'idée de dire « Pourquoi est-ce qu'on ne pourrait pas fermer un des dortoirs.» Alors on a fait un seul dortoir, la nuit même le mien a été bombardé, il n'y avait personne dedans. En ce qui concerne les 3 prisonniers, les allemands voulaient mitrailler la maison où ils étaient, c'était à coté de chez nous. D'ailleurs mon dortoir a été mitraillé mais vide. Il y a une bataille entre le maquis et les allemands et finalement ils ont été très déçus qu'il n'y en ait que 3. Ils croyaient qu'il y avait beaucoup plus de prisonniers là. Alors on est allé dormir à la chapelle qui était en contrebas. On a passé la nuit sur les bancs, les élèves, les sœurs, tout le monde.
La libération:
Le jour de la libération les cloches se sont mises à sonner, tout le monde était dans la rue, tout le monde criait de joie! Alors une de mes jeunes sœurs qui était très sportive a grimpé tous les étages puis elle est montée sur le toit et elle a décroché le drapeau allemand. Elle l'a descendu et nous avons fait un feu de joie, avec ce drapeau.

