Une enfance de commercial

Un témoignage de Gérard Culleriez,
né(e) le 15 mars 1923
Mémoire recueillie à

Je suis né le 15 mars 1923. A cette époque il paraît qu'il faisait très froid. Il n'y avait pas de tout à l'égout à Bordeaux. Il y avait de l'eau gelée partout, les rues étaient glacées.
Je me souviens de certaines choses, mais avant l'âge de sept ans, je ne sais que ce que l'on m'a raconté. C'était l'époque où c'étaient les cigognes qui amenaient les enfants, les garçons naissaient dans les champs de choux et les filles dans les champs de roses. Et moi par erreur, je suis né dans un champs de roses. Je suis né à Primrose ! Mon grand-père était ce que l'on appelait «boufferouille», c'est à dire forgeron et ferronnier. Et mon père était électricien et serrurier. Je suis né dans ce milieu. Il y a encore des traces, il n'y a pas longtemps qu'on a vendu l'endroit. Mon père et mon grand-père avaient une entreprise de serrurerie et d'électricité. Je suis né avec l'esprit commercial. En 1930, j'avais sept ans, mon grand-père est mort en 1929, mon père a repris l'affaire en son nom ; avant, il était salarié de son père, à l'époque c'était comme ça. Il avait une petite boutique de quartier et comme c'était un quartier assez aisé et qu'il y avait une bonne clientèle, on travaillait beaucoup. On a eu en vente et en démonstration les premiers réfrigérateurs qui étaient américains et s'appelaient «Frigeco». On a vendu quelques appareils, c'est aussi l'époque où les lampes électriques sont devenues dépolies. A ce moment-là, la marque importante s'appelait Mazda.
Je vendais et on me donnait un centime. Je vendais à tous les gens qui venaient. Après j'ai voulu taper au marteau parce que chez nous c'étaient les ouvriers qui tapaient, forgeaient, ponçaient. L'électricité se développait beaucoup dans les années 30. En 1935, à 12 ans, j'ai passé le certificat d'études primaires que j'ai eu avec mention bien et l'année d'après, j'ai préparé l'entrée à l'équivalent du lycée technique d'aujourd'hui, à Gustave Eiffel. En 1939, quand la guerre s'est déclarée, j'ai préparé les arts et métiers. Mon père était mobilisé et tous mes projets ont été «foutus» par terre. Il fallait que je maintienne l'entreprise, ce n'était pas facile, j'ai dû abandonner mes études que de toutes façons on ne pouvait plus faire à cause de la pagaille de la guerre. En 1941, j'aurais dû rentrer aux arts et métiers, ce que je n'ai pas fait, et je suis resté technicien supérieur.

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